Aspects économiques

Multimodalité : vers un changement de paradigme

Chapô

La multimodalité est de plus en plus investie par les organismes de formation, sur fond d’évolution radicale des parcours de formation professionnelle. Pour ces OF, trois changements majeurs sont à anticiper : décryptage...

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Depuis plusieurs années, les organismes de formation (OF) se sont emparés de la multimodalité, en complément et vers une mutation des services formation traditionnels. Organisation des rythmes d’apprentissage, encadrement, pédagogie : les changements sont déjà là, visibles à l’œil nu. Mais d’autres, plus profonds, sont encore à l’œuvre et les organismes de formation ne les ont peut-être pas tous appréhendés.
Trois d’entre eux nous semblent importants à considérer : le changement de paradigme du marché, la palette multi-services de l’offre et le nouveau modèle d’évaluation de la valeur. Vous voulez en savoir un peu plus ?

Suivez le guide…

Quand le marché change de paradigme

L’essor de la multimodalité vient très directement poser une question cardinale : qu’est-ce qui, du point de vue de l’utilisateur, a de la valeur ? Avec la réforme actuelle de la formation professionnelle, nous sommes en train de passer d’un marché de prescripteur/offreur à un marché direct, vers le bénéficiaire. Ce passage du « B2B » (Business to Business) au « B2C » (Business to Consumer) change totalement la donne dans la mesure où le bénéficiaire (l’apprenant) est désormais le client.
Objectifs, désirs expérientiels, individualisation des parcours d’apprentissage… Tout change ! Jugez plutôt :
auparavant, les contenus ainsi que l’accompagnement étaient portés par une seule personne, le « sachant ». Celui qui savait était au cœur du dispositif : il donnait le rythme, déroulait les contenus, assurait l’évaluation. Aujourd’hui, il existe une séparation marquée entre l’accompagnement de l’apprenant et les contenus. Dans un tel contexte, les services connexes qui permettent de rendre l’expérience de l’apprentissage efficace, utile et agréable, deviennent majeurs.
Avec une conséquence pour les OF qui, s’ils peuvent externaliser le savoir, sont contraints de traiter en interne la qualité de leur offre de services. Cet élément constitue l’ADN de l’organisme de formation, pour ne pas dire son identité profonde et sa singularité. Il engage sa réputation. Autre conséquence pour les organismes de formation : il faut qu’ils soient au clair sur leur modèle de développement.
S’il décide de partir sur une stratégie de volume, l’OF va nécessairement devoir investir dans des ressources digitales qui valoriseront son image et l’obligeront à faire des plans d’investissement, à avoir une fonction R&D, à renforcer son ingénierie, etc.
S’il opte pour une approche plus artisanale, il basera son offre multimodale sur des activités complémentaires agiles et interactives telles que le rajout de classe virtuelle, l’intégration du digital en séquence présentielle, la séance à distance de coaching, l’activité complémentaire de social learning, etc.

 

Interview Sylvain Vacaresse

 

Vers de nouvelles offres de service

Un autre enjeu est celui de la palette multi-services que les OF vont devoir développer ou consolider dans un avenir proche.
Au stade où nous en sommes actuellement, nous observons que l’innovation est, en termes de services, encore balbutiante. Diversité des rythmes proposés, personnalisations sur les modalités (« distancielles » et présentielles), ainsi que sur les lieux, interactions entre pairs dans le cadre du social learning, de learning game, de fablabs… Ces initiatives peinent encore à essaimer.

Comment évoluer sur ce point ? Nous invitons les organismes de formation à voir ce qui est fait dans le secteur du commerce en ligne. Parmi les palettes de service qui pourraient être adaptées, signalons la possibilité de construire un parcours sur-mesure en agrégeant des modules connexes, la possibilité d’offrir des services de type coaching, des services tutoraux personnalisés, des formations complémentaires en lien avec d’autres OF, ou encore des services autour de la gestion de carrière et d’employabilité.

 

Vers un nouveau modèle d’évaluation de la valeur de l’OF ?

Sur le champ de la perception et de l’évaluation des offres, un autre bouleversement se prépare, en lien avec la mise en œuvre du compte personnel de formation (CPF). Dans ce domaine, le contexte de transition digitale et culturelle est tel qu’il nous est autorisé d’imaginer des évolutions comparables à un « Tripadvisor de la formation ». Si cette tendance venait à prendre, l’ensemble des formations du marché seraient référencées sur une plateforme et notées, avec commentaires à la clé…Il ne faut pas exclure un tel scénario.

Dès à présent, il est important que chaque organisme de formation prenne le temps de réfléchir sur ce qui a réellement de la valeur aux yeux des apprenants. L’individualisation des parcours, la qualité de l’accompagnement, la qualité inter-relationnelle, la collaboration avec les pairs, le système de mesure de la progression, le système de certification qui permettra d’augmenter l’employabilité sont ici autant de dimensions à considérer. Et ce bien au-delà de l’expertise des formateurs ou de la qualité des ressources digitales.

Ces différents éléments plaident pour un renouvellement de la stratégie marketing des organismes de formation. Celle-ci doit être plus proactive, et au cœur du business model développé. Cette étape est d’autant plus délicate que la communication des OF a longtemps connu une réticence « naturelle » vis-à-vis du marketing. Or, avec la multimodalité, nous sommes au-delà de la promesse : le discours doit être haussé au niveau des capacités développées, de l’expérience d’apprentissage que vivra l’apprenant, de la « customisation » possible. Entrer en contact plus direct avec les bénéficiaires, leur proposer des « échantillons », démontrer par l’exemple est inéluctable…

Pour illustrer ces changements de modèles de commercialisation, nous vous invitons à lire l'interview de Raphael Harang, pilote des projets numériques pour le Bâtiment CFA Normandie, en lien de ce paragraphe.

 

Interview Raphael Harang

 

Un système pédagogique clair

Tout ceci pour dire que les organismes de formation sont appelés à être profondément touchés par l’essor de la multimodalité et du CPF.
Pour eux, les défis à relever consisteront à proposer un écosystème pédagogique clair, lisible, qui viendra enrichir un apprenant devenu acteur de son parcours d’apprentissage. Il s’agit également d’apporter une réponse permettant d’identifier clairement les besoins, et d’ajuster l’organisation interne avec des fonctions bien spécifiques – R&D, ingénierie, marketing-communication, accompagnement-animation, etc.
Le développement impératif d’un savoir-faire « maketing produit/services » s’articule avec l’apport de services à géométrie variable, mais aussi avec un changement radical de paradigme, qui consiste à développer en interne une culture client.

Il est encore trop tôt pour savoir si les organismes de formation iront dans cette direction. Quoi qu’il en soit, deux scénarios pourraient se dessiner dans un avenir proche. Dans le premier, les OF iront vers leurs nouveaux clients et s’attacheront par des services connexes à les conserver au cœur de leur écosystème. Dans le second, les apprenants seront autonomes dans leurs choix, et se créeront eux-mêmes leurs propres parcours.  A suivre…

Article écrit  par Samuelle Dilé, en partenariat avec Stratice, à partir d’un entretien de Sylvain Vacaresse, dirigeant de Learning Salad et maître de conférences à l’université de Rennes 1.

 

Article publié sous la licence    Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification

 

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