Aspects pédagogiques

Neurosciences : 5 clés pour mieux apprendre

Chapô

Depuis leur naissance en tant que branche de la biologie et de la médecine à la fin du XIXe siècle, les neurosciences n’ont pas pris une ride. Mieux : les sciences cognitives semblent rajeunir de jour en jour, tant les promesses dont elles sont porteuses sont majeures. Ainsi, depuis 20 ans, les progrès qui ont été enregistrés contribuent à renouveler le regard que nous portons sur la pédagogie. Dans quelle mesure, et avec quels impacts ? Réponses en 5 actes : amis formateurs, suivez le guide…

Neurosciences
Paragraphes

1. Un cerveau à 2 vitesses, irrationnel et ... émotif !

Notre cerveau est une véritable Ferrari… à condition de bien savoir s’en servir !
Avec ses 86 milliards de neurones en action, ses 1000 à 10 000 connexions neuronales et ses 1000 influx nerveux par neurone, il constitue une incroyable machine à traiter l’information. Cette plasticité se développe en temps réel, le cerveau remodelant en permanence son organisation en fonction des événements et émotions vécus. Conséquence logique : à l’image de nos Ferrari, le cerveau est très vorace en énergie. Selon Stanislas Dehaene, psychologue cognitif, neuroscientifique et professeur au Collège de France, une « activité intellectuelle soutenue » consomme entre 60% et 80% du flux sanguin… d’où le tropisme qu’a notre cerveau à privilégier l’économie au mode actif ! Car notre organe réflexif n’a pas que des qualités, loin de là.

Trois exemples permettent de comprendre ces aspérités :

  • Notre cerveau se révèle tout d’abord incapable de gérer 2 activités cognitives en même temps : impossible de lire un texte tout en écoutant attentivement la radio ou la télé !
  • Notre mémoire de travail, celle que nous utilisons pour nous concentrer dans le cadre de l’étape 1 d’un apprentissage, ne nous permet de restituer que 4 éléments (+ou- 1)  au maximum.
  • Comme l’explique le psychologue Daniel Kahneman, placé en situation d’effectuer une analyse ou un choix, notre cerveau va privilégier naturellement son mode intuitif et rapide (dit système1) en se raccrochant à des événements déjà identifiés, en lien avec une actualité ou une croyance personnelle plutôt qu’à son esprit critique (système 2) lent et réfléchi. 

A titre d’exemple : un accident de train médiatisé récemment provoquera ainsi, chez de nombreuses personnes, un biais consistant à utiliser son automobile pour se rendre sur son lieu de vacances…

2. Notre attention est volatile : prenons-en soin !

L’attention est le processus cognitif et perceptif par lequel nous sélectionnons, régulons, conscientisons nos pensées ainsi que nos sentiments. Sans elle, pas de compréhension, pas de mémorisation, et donc pas d’apprentissage !

Pour un pédagogue, il est primordial de savoir que notre attention fonctionne en réalité en 2 modes. Le premier mode est « diffus », et nous permet de mobiliser une énergie minimale et des capacités inconscientes afin de résoudre naturellement certains problèmes. Le second mode est le mode « focus » : ce « contrôle cognitif », énergivore, mobilise notre volonté et permet la concentration. Plus la tâche est complexe, plus sa durée est courte. Ce qui montre au passage combien notre attention est volatile : tel un équilibriste sur son fil, notre cerveau n’a de cesse de s’ajuster aux stimulations extérieures !

3. Le désir mimétique : un puissant dopant pour l’apprentissage

Dès 1996, les découvertes du neuroscientifique italien Giacomo Rizzolatti nous ont familiarisé avec les « systèmes miroirs ». De quoi s’agit-il ? Chez l’homme, l’imitation par geste constitue un puissant vecteur d’apprentissage, y-compris des processus sociaux (par empathie). Nos neurones miroirs sont activés, en lien avec l’émotion qui relie l’apprenant à son « maître ». Nous sommes ici dans le champ des apprentissages sociaux, de pair à pair, avec des résultats scientifiquement prouvés. Le désir mimétique est certes un puissant dopant sous réserve que le « maître » s’inscrive dans un désir, dans des comportements inter-relationnels favorisant l’apprentissage…

4. Les émotions : un levier pour l’apprentissage

Le saviez-vous ? Notre cerveau fonctionne sous l’impulsion des émotions qui nous traversent. Réflexion, logique, raisonnement : autant de tâches qui sont stimulées chez nous par un désir ou un plaisir d’apprendre. Une autre manière de dire que, loin de devoir être considérées comme des parasites à mettre de côté, les émotions sont pleinement à considérer par les pédagogues comme des leviers pour l’apprentissage, ce qu’explique notamment le neurologue Antonio Damasio dans son ouvrage L’erreur de Descartes (Odile Jacob, 2010). En conséquence, le stress doit être l’ennemi numéro 1 de tout pédagogue. Inhibition, abandon, frustration : autant de sentiments à fuir à toutes jambes !

5. La tête et le corps… en harmonie !

Inspirez profondément… et apprenez ! Les neurosciences confirment le fait que le corps joue un rôle important dans l’apprentissage, notamment comme régulateur sur le plan émotionnel et de l’attention. Dans ce contexte, le formateur doit absolument prévoir des moments de pause, de détente, voire… de relaxation ! Penser les yeux fermés, effectuer des exercices de recentrage et de méditation constitue une clé, au même titre que la qualité du sommeil. Dormez profondément, le lendemain, vous apprendrez d’autant mieux !

Que peut-on en conclure ?

Cet ensemble d’impacts constitue, pour le pédagogue, autant de clés pour les apprentissages. Tous ces mécanismes cognitifs au service de la pédagogie se retrouvent dans le champ d’études et d’application nommé la « neuropédagogie ».
Aussi puissantes que fragiles, aussi dures que poreuses, nos capacités cognitives sont à considérer comme un écosystème qui, sans cesse, doit demeurer en équilibre. Le lâcher prise est donc bien à combiner avec des phases de concentration extrême, l’un et l’autre de ces états, loin de s’opposer, venant se compléter. Ceci pour expliquer combien nos méthodes pédagogiques, pour être efficaces, doivent s’inscrire dans une diversité de pratiques, de contextes et… d’outils. C’est en cela que la multimodalité apporte un indéniable « plus » : en changeant de rythme, d’activités synchrones, asynchrones, individuelles ou collectives, de traitements de l’information, nous sollicitons sans cesse notre cerveau et le maintenons (ou pas) dans un état émotionnel d’attention.
Seconde idée importante à retenir : le circuit de la récompense est à considérer comme un puissant levier d’apprentissage. Valoriser un succès entraîne nécessairement, chez l’apprenant, un état d’esprit et une émotion propices à la dynamique apprenante. Une bonne réponse, un Mars et ça repart : essayez, ça marche !

5 livres pour aller plus loin

  • Votre cerveau n'a pas fini de vous étonner : Boris Cyrulnik, Pierre Bustany, Jean-Michel Oughourlian, Christophe André, Thierry Janssen, Patrice Van Eersel - Editions Le Livre de Poche
  • Les 12 lois du cerveau : John Medina - Leduc.s éditions
  • Neurolearning - les neurosciences au service de la formation : Nadia Medjad, Philippe Gil, Philippe Lacroix - Editions Eyrolles
  • Le cerveau funambule : Jean-Philippe Lachaux - Editions Odile Jacob
  • Système 1 système 2 - Les 2 vitesses de la pensée : Daniel Kahneman - Editions Clés des champs.

Cet article a été écrit par Samuelle Dilé, pour le compte de Communotic, sous la licence Creative Commons Attribution - Pas d'utilisation commerciale - Pas de modification.

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