Témoignages normands

La multimodalité au Bâtiment CFA Normandie

Chapô

Depuis 2017, le Bâtiment CFA Normandie développe un projet numérique sur les métiers dits "normés" de l’électricité et de la découpe de bois. Déploiement d’un LMS, scénarios de réalités virtuelle et augmentée…

Gros plan sur les actions mises en place, ainsi que sur les conséquences de l’intégration de la multimodalité pour le centre de formation des apprentis avec Raphaël Harang, pilote des projets numériques des 7 CFA du bâtiment normands.

Raphael Harang
Paragraphes

Raphaël Harang, vous êtes pilote projet numérique au Bâtiment CFA Normandie : pouvez-vous nous expliquer quels ont été les impacts de l’intégration de la multimodalité ?

R. Harang : Ils ont été de plusieurs ordres. Au niveau du business model tout d’abord, la multimodalité nous a obligé à repenser entièrement notre manière de vendre. L’un des premiers grands changements a concerné le niveau commercial. Avant, nous n’avions pas de service commercial à proprement parler. Maintenant, nous avons des offres packagées avec des services numériques sur  mesure et calibrés indépendamment. Nos offres sont construites de manière à offrir la plus grande flexibilité en matière de modularité par rapport à un niveau de départ et un attendu en termes de compétences.
Au niveau financier ensuite, nous avons dû faire appel à des investissements extérieurs, via un projet européen Feder, ainsi qu’à la Région. Sans ces financements nous n’aurions pas réussi. Au-delà de l’ingénierie des ressources numériques, nous avons dû investir dans l’accompagnement humain, en embauchant par exemple  une coordinatrice d’outils numérique. Pour nous, la transformation vers le numérique multiplie par trois les besoins d’investissements en ingénierie et en accompagnement du dispositif.

 

Quid du retour sur investissement ?

R. Harang : En terme de ROI, à ce stade, c’est difficilement mesurable. Sur la multimodalité, nous fonctionnons en mode « start-up ».  Nous investissons d’abord avec une projection plutôt à 3-4 ans car à l’inverse du « tout présentiel », la phase de diffusion requiert moins de ressources en formateurs/accompagnement pour les apports théoriques notamment.


Et quelles ont été les conséquences de la multimodalité sur la pédagogie déployée ?

R. Harang : La multimodalité nous a permis d’adapter nos rythmes pédagogiques en fonction des cibles ou des desiderata de l’entreprise cliente. À titre d’exemple, les jeunes qui rentrent en BTS chez nous n’ont pas d’emploi du temps, mais un volume horaire d’acquisition de compétences en lien avec un référentiel de BTS. Bien qu’il n’y ait plus de « modèle classe », nous avons gardé la notion de groupe, pour des questions de rentabilité.  
La multimodalité nous permet également de rapprocher les pratiques pédagogiques du CFA des pratiques techniques de l’entreprise. Pour autant, à ce jour, il y a une limite : les besoins des entreprises et les contenus obligatoires dans le cadre du diplôme à passer pour le jeune ne correspondent pas forcément. À mon sens, l’Education nationale devrait transformer son référentiel pour être plus  orientée compétence et donc employabilité.

 

Fort de cette expérience d’intégration de la multimodalité, avec 3 ans de recul, quels conseils donneriez vous  à un organisme de formation qui déciderait d’aller dans cette démarche de changement ?

R. Harang : Je recommanderais d’abord de choisir une ou deux filières où le potentiel de cibles et la récurrence sont les plus importants. Le packaging par compétence, par module, permet de composer et de démultiplier des offres/parcours « sur mesure ». Ensuite, j’inviterais à ne pas négliger l’investissement humain nécessaire, notamment sur le plan marketing/commercial ou en termes de conduite du changement : posture, compétences numériques et tutorales. Ensuite, j’inviterais cet OF à rôder pendant 3 années son dispositif, et à chercher des investissements extérieurs. Enfin, je suggérerais à l’organisme de formation de tester son positionnement en interne, auprès de l’ensemble des collaborateurs, afin de mettre en place un plan de formation et d’accompagnement. L’objectif étant que tout le monde avance à la même vitesse dans l’intégration de la multimodalité.

Propos recueillis en juin 2019 par Samuelle Dilé, pour Communotic

 

Raphaël Harang : raphael.harang@ccca-btp.fr