(DOSSIER) Forjecnor : compétences professionnelles, la preuve par le badge numérique


03/07/2024
Chapô

Déployés depuis 2022 à l’initiative de la Région, les Open Badges normands reposent sur l’implication de plus en plus forte d’un réseau d’acteurs locaux. C’est notamment le cas du centre de formation Forjecnor 2000. Entretien avec Sylvain Rousseau, son responsable de projet.

Portrait de Sylvain Rousseau
Paragraphes

Sylvain Rousseau, vous travaillez au sein de Forjecnor 2000 en tant que responsale de projet. Qu’est-ce que Forjecnor 2000 et dans quel contexte avez-vous été amené à vous intéresser aux badges numériques ?

Sylvain Rousseau : Forjecnor 2000 est un centre de formation réunissant près de 50 personnes, qui depuis trente ans intervient dans le cadre de formations destinées aux demandeurs d’emplois ainsi qu’aux salariés d’entreprises. L’association a été créée dans le grand mouvement d’éducation populaire des années 1980, dont les principes sont encore portés aujourd’hui par le label des Ateliers de Pédagogie Personnalisée (APP). Le territoire sur lequel nous sommes situés, entre Caux-Maritime et la Vallée de la Bresle, se trouve à l’Est de la Normandie, proche des Hauts-de-France. Dès le début, nous nous sommes orientés vers des chantiers de rénovation de l’habitat normand et de lutte contre l’illettrisme. Outre les métiers du bâtiment, nous proposons des formations certifiantes sur les champs du secrétariat comptable et de l’infographie. Nous sommes également membres du réseau des Ateliers de pédagogie personnalisée. L’aventure des badges numériques est d’ailleurs directement liée à ce réseau…

Pour quelles raisons vous êtes-vous lancés dans cette démarche ?

Sylvain Rousseau : La réflexion a été initiée dès 2016 au sein des APP, avec l’objectif de permettre à tous nos publics de valoriser ce qu’ils réalisent au sein du centre de formation. Il faut savoir que les stagiaires avec lesquels nous travaillons sont souvent fortement éloignés de l’emploi et de la formation, notamment avec des représentations fortes qui les touchent. Pourtant, ils travaillent, ils développent des compétences, ils se battent pour évoluer. Comment prouver et mettre en valeur ces compétences ? Nous sommes partis de là pour développer, dès 2017, un ensemble de badges qui mettaient la lumière sur l’autonomie de l’apprenant. Dans le même temps, la Région Normandie s’est intéressée à la démarche et a sollicité les acteurs qui investissaient dans cette approche.

Quelles sont les compétences mises en valeur par les badges numériques, et de quelle manière sont-elles mises en avant auprès des employeurs ?

Sylvain Rousseau : Ces compétences peuvent être diverses, et reliées directement au secteur professionnel ainsi qu’aux besoins des employeurs. On parle ici d’autonomie dans le travail, de rigueur, de capacité à s’intégrer dans une équipe, à s’organiser, à communiquer... soit autant de compétences qui sont transverses et qu’il convient de démontrer. Dire que l’on est assidu et rigoureux est une chose, mais il faut encore le prouver ! C’est tout l’enjeu d’un badge que l’on met en avant lors d’un entretien d’embauche : il y a là une histoire à raconter. Depuis 2021, nous avons ainsi émis 684 badges. Chacun a fait l’objet d’un accompagnement par notre équipe pédagogique.

Comment se passe la création d’un badge numérique ?

Sylvain Rousseau : C’est un processus, pour ne pas dire une réflexion collective menée avec les apprenants et les professionnels, parfois même avec une entreprise. Je vais vous donner un exemple : nous avons créé il y a quelque temps un badge relatif à la formation de monteur câbleur en milieu nucléaire. Pour cela, nous avons travaillé avec l’agence CRIT Intérim de Dieppe, en lien avec EDF. Nous nous sommes posés, en amont, de nombreuses questions : quelles sont les compétences à mobiliser ? Comment les mettre en avant lors pour faciliter le recrutement des bénéficiaires ? Quelles preuves déployer ? À chaque fois, il y a des qualités spécifiques à mettre en valeur. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le plus difficile ne consiste pas à identifier les preuves ; le plus difficile, c’est le temps de la réflexion !

Avec le recul dont vous disposez aujourd’hui, diriez-vous que les Open Badges constituent des outils devenus nécessaires à l’exercice de votre mission ?

Sylvain Rousseau : Absolument. Les badges numériques sont de plus en plus connus et reconnus par les entreprises. Cette démarche nous sert véritablement à travailler ainsi qu’à valoriser les compétences transverses dont je parlais. Car on ne crée pas des badges pour faire des badges, mais bien parce que cela sert l’apprenant de manière concrète, effective. Grâce à ce dispositif, une personne peut réfléchir sur son propre parcours, sur ses qualités, sur sa rigueur, son adaptabilité, etc. Un badge numérique constitue en quelque sorte une garantie, et Forjecnor 2000 vient donner de la valeur à la réflexion menée par l’apprenant. C’est parce que le badge numérique oblige à ce regard réflexif, parce qu’il aide à la conscientisation des compétences qu’il est intéressant. Quant à nous, acteurs de la formation professionnelle, nous pouvons observer combien le travail initié par la Région Normandie contribue à dynamiser un réseau à l’échelle locale. Il y a une dizaine d’années, personne ne savait ce qu’était un badge numérique, et nous nous sentions un peu seuls avec notre bâton de pèlerin. Désormais, grâce notamment à la semaine « Badgez vos compétences » de la Région, nous faisons partie d’un ensemble d’acteurs. Et cela fait toute la différence !

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