07/06/2024
Nous poursuivons ce mois-ci notre série d’interviews liée à l’appel à projets « Normandie Connectée - nouveaux espaces de compétences – Deffinov », sur lequel la Région a statué fin 2023. Cinquième entretien avec Julie Lemonnier, responsable du Campus de l’UDD à Alençon.
L’Université du domicile (UDD) est chef de file du projet « Campus - tiers-lieu apprenant » à Alençon. Quelle est l’offre de service que vous êtes en train d’élaborer ?
Julie Lemonnier : Notre projet « Campus – tiers-lieu apprenant » consiste à co-construire, avec des partenaires et des citoyens de notre territoire un ensemble de formations expérimentales autour des transitions alimentaire, circulaire et énergétique. Il est porté par des acteurs unis par une vision commune du Domicile et des enjeux de compétences qui lui sont associés. Nous nous intéressons à tout ce qui touche au domicile, et nous sommes réunis au sein d’un consortium dont l’Université du domicile est chef de file.
Qu’est-ce que l’UDD, et qui sont les autres acteurs du consortium ?
Julie Lemonnier : L’UDD est un organisme de formation et son campus est un tiers-lieu situé au cœur d’Alençon, face à la préfecture. Nous disposons d’un espace de coworking, de salles de formation, de 8 logements destinés à la sphère professionnelle, mais aussi d’un potager en permaculture. Nous accueillons différents publics (formateurs, entreprises, indépendants, compagnies théâtrales, collégiens…) dans ce bâtiment qui a été inauguré en 2021 par Elisabeth Borne, alors ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion. L’Université du domicile est l’une des entités du groupe Domicile & Compétences, fort de 30 années d’expertise autour de la reconnaissance et de l’accompagnement des compétences déployées à domicile. Nous consacrons notre expertise via 4 activités : un centre de formation, un campus dont je suis la responsable, un Learning Lab ainsi qu’un CFA sectoriel. Afin de mener à bien le projet qui nous a valu d’être lauréat Deffinov, nous travaillons avec l’IRFA, un organisme de formation actif sur le champ du domicile, et également avec la Scène Nationale et la Fondation du domicile. Au-delà de ce consortium, nous avons également tissé des liens avec des partenaires que nous appelons « partenaires de niveau 1 », situés sur notre territoire : le collège Notre-Dame de Lancrel, l’Etablissement pour l’Insertion dans l’emploi (Epide) d’Alençon, le CIBC Normandie, et Prima Terra. Nous avons débuté par un ancrage local, étant entendu que notre ambition est bel et bien de nous étendre, d’essaimer vers d’autres organismes de formation et d’autres tiers-lieux, notamment des lauréats Deffinov.
Quelles sont les principales étapes de votre projet ?
Julie Lemonnier : Nous venons de terminer la phase des focus groupes, dont la restitution a eu lieu en mars. Au moment où je vous parle, la synthèse est en cours d’élaboration et porte sur un ensemble d’outils différents les uns des autres. Nous avons notamment effectué en parallèle de ces focus groupes un benchmark sur les outils existants : les Mooc, les podcasts, les outils digitaux… L’objectif étant de savoir quel est l’outil pédagogique le plus pertinent pour pouvoir nous lancer. Dans un second temps, nous allons entamer la phase de production, avec l’IRFA, l’organisme de formation qui nous accompagne au sein du consortium. Cela passe par du recettage, des tests, etc. Nous avons par ailleurs tourné des petites capsules vidéo sur les 3 thématiques de la transition qui structurent le projet : l’alimentation, l’économie circulaire et l’énergie. Au total, cette première phase a mobilisé une quarantaine de personnes, à la fois des collégiens et des jeunes issus de l’Epide, l’école de la deuxième chance. Tout se fait sur la base du volontariat. Comme vous pouvez le constater, nous nous adressons à des tranches d’âges différentes de la jeunesse, avec l’idée de voir quelles sont les différences et les points de ressemblance qui existent entre un public de collégiens et un public de jeunes un peu plus âgés. Certains collégiens manifestent de l’intérêt pour le potager ou la permaculture, ce qui permet d’avoir des groupes mixtes avec les jeunes de l’Epide. Cette mixité nous intéresse : elle est un facteur d’enrichissement pour chacun.
Comment envisagez-vous l’avenir ?
Julie Lemonnier : Nous allons poursuivre notre action étape par étape, en restant au plus près de notre objectif de déploiement de formations expérimentales sur les trois thématiques liées à la transition. Le financement que nous avons obtenu grâce à Deffinov (50% de l’investissement total) est une chance dans la mesure où il va nous permettre à terme d’essaimer cette méthode qui place les habitants – qui sont nos contributeurs – au plus près de leur lieu de vie. Nous allons ainsi structurer un modèle de « Campus – tiers-lieu apprenant » déployable à l’échelle normande, puis nationale. En fait, nous aspirons à faire vivre et grandir une communauté. Je signale également que nous appliquons une démarche scientifique au projet, grâce notamment au Département Recherche du Groupe Domicile & Compétences et à un enseignant-chercheur spécialiste de l'innovation territoriale, Alexis Durand Jeanson (Prima Terra). Celui-ci fait partie des « partenaires de niveau 1 » et travaille activement sur les dynamiques collaboratives et l’intelligence collective, avec pour objectif de connecter les talents et les idées au sein des territoires. Nous ne sommes qu’à l’aube d’une aventure de décloisonnement et d’innovation qui nous passionne.